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Artiste, un métier ?
MessagePosté le: Mardi 11 Octobre 2011, 15h11, Sujet: Artiste, un métier ? Répondre en citant
mikaq

 
Inscrit le: Oct 16, 2006
Messages: 38
Localisation: Roissy-en-Brie




Dans un autre post, AnatoleDamien se demandait "Mon rêve est de devenir jongleur mais je voulais savoir si on peut en faire un métier… si c'est dur etc.."

Je me suis alors demandé, par effet de rebond (pour rester dans une métaphore de jongleurs^^), ce qu'il en serait si on élargissait la problématique : peut-on faire un métier d'artiste ? (notez la différence de formulation).

Je précise ici que cette réflexion est nourrie par une correspondance personnelle avec la photographe Anne Girard ayant une formation de sociologue. J'ai croisé mes ressentis avec ses analyses.

Notre questionnement est celui-ci : "métier d'artiste" serait-il antinomique ? Je vous dis d'emblée que je n'affirmerai rien en guise de réponse, et ne vous livrerai que mon point de vue. Je me sens comme le philosophe Panikkar : « mon aspiration ne consiste pas tant à défendre ma vérité qu’à la chercher et la vivre » (de mémoire).

D'abord, il convient de rappeler que ce n'est pas une problématique spécifique à l'art. "Les mêmes questions se sont posées pour les hommes politiques. A cet égard, il y a des analogies à faire entre la professionnalisation de la vie politique et la professionnalisation de la vie artistique - ne serait-ce que dans une perspective historique à partir du 19ème siècle" (A.G.)

Question : pour faire des propositions artistiques intègres, est-il préférable d’avoir un autre métier que son activité artistique ? ou peut-on parvenir à faire de son activité artistique un métier ?

Personnellement, je fais partie de ceux qui pensent que pour exercer une activité d'artiste, il faut renoncer à vouloir en vivre. Car "vouloir en vivre nécessite de s'obliger à jouer le jeu d'un champ socio-économique dont les règles sont souvent en contradiction avec les logiques de création artistique." (idem)

Salut à vous, jongleurs et jongleuses :-)

Franck Favergeat (Mika Quartz)

PS : je souhaite désamorçer par anticipation toute objection sur mon cas personnel qui consisterait à pointer du doigt une apparente contradiction : comment puis-je tenir cette position, et faire moi-même le métier d'artiste ? La réponse étant : parce que le métier que je fais ne relève pas de l'art mais de l'animation (événementiels, cabarets). Et, à côté de l'animation qui me fait gagner ma vie, je mène depuis trois ans aux côtés du pédagogue Alexandre del Perugia, une recherche qui - pour le coup - relève bien de l'artistique, et où je ne cherche pas à gagner de l’argent et n’en gagne d’ailleurs pas^^.

Pour plus d'infos sur la recherche artistique d'Alexandre del Perugia (certains d'entre vous le connaissent peut-être, il a été co-directeur du CNAC de 2004 à 2007 et a fondé le lieu de recherche/création de Pontempeyrat) : http://www.etrela.net

Pour illustrer mon propos sur art et animation, avec deux vidéos sur mon site web répondant aux règles du jeu événementiel : http://www.mikaquartz.info

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MessagePosté le: Mardi 11 Octobre 2011, 17h41, Sujet: Répondre en citant
pierreM

 
Inscrit le: Oct 10, 2011
Messages: 20
Localisation: Nancy




Bonjour Mika,

Je trouve ta problématique assez étrange puisque d'une part il suffit de regarder la réalité pour voir que les exemples d'artistes qui gagnent leur vie de leur art sont nombreux (je ne sais pas si l'art est un métier, en tout cas un gagne-pain, c'est sûr), et d'autre part parce que ce n'est pas à celui qui travaille de juger si sa production relève de l'art ou non, il ne peut que viser ou prétendre. En fait ta problématique n'en est pas une, ça ressemble plus à une question de sondage d'opinion.

Personnellement (je donne mon avis, mon expérience) je pense qu'il faut travailler avec lucidité et radicalité, se cultiver, lire, refuser et refuser encore tous les chemins balisés après les avoir arpentés avec passion et voir ce qui se passe. En tout cas je me vois mal avoir un autre métier que le mien (instrumentiste) pour la simple raison que je travaille mon instrument au moins 5 heures par jours (et le reste du temps je pense aussi à mon activité), ce qui me semble impossible, si je travaille à Mac-do. On travaille pour soi, pour toucher à l'art, pour le sublime, mais le produit de ce travail peut parfois (souvent?) trouver une valeur marchande.
Ensuite historiquement, je pense que nombre d'oeuvres du patrimoine relèvent de la commande, de la volonté d'une classe, d'un pays d'exposer sa puissance, sa finesse ou son savoir faire, ça n'a jamais empêché l'art de surgir, au contraire. Il me semble qu'au contraire, ta vision de l'artiste en prise avec la société catsratrice est très datée et localisée (l'Europe romantique du 19è siècle).
J'aime bien ces mots de l'historien d'art Daniel Arasse : "Il n'y a pas d'histoire de l'art séparée de l'histoire tout court. Il y a bien une histoire spécifique de l'art mais l'art est fort dans la mesure où il est intégré à la société, où il répond à des besoins, à des demandes, des attentes, des espoirs."
...ce qui ne signifie absolument pas que le succès est garant à lui seul de la valeur artistique, bien évidement.

"A cet égard, il y a des analogies à faire entre la professionnalisation de la vie politique et la professionnalisation de la vie artistique - ne serait-ce que dans une perspective historique à partir du 19ème siècle" (A.G.) " je ne suis absolument pas d'accord avec ça, pourquoi attendre le 19è siècle???
Lully, Le Nôtre, De Vinci, Titien, Molière, Et des milliers d'autres n'ont pas attendu le 19è siècle pour être de bons professionnels personnalisés.


Après, je ne suis pas certain que le jonglage soit un art, mais c'est un autre débat.
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MessagePosté le: Mardi 11 Octobre 2011, 22h21, Sujet: Est-il préférable d’avoir un autre métier que son activité? Répondre en citant
mikaq

 
Inscrit le: Oct 16, 2006
Messages: 38
Localisation: Roissy-en-Brie




Bonsoir Pierre,

c'est cela qui me semble en effet intéressant : que pensent les jongleurs du forum de cette question "Est-il préférable d’avoir un autre métier que son activité artistique ?" Je me disais que ce serait intéressant d'avoir l'opinion de chacun sur cette problématique.

Tu es libre de refuser d'appeler cela une problématique :-) je ne vois pas d'inconvénient à cela. Cependant, ton argumentation ne me convainc pas. Tu poses, en guise de premier argument comme quoi il n'y aurait pas problématique : "…il suffit de regarder la réalité pour voir que les exemples d'artistes qui gagnent leur vie de leur art sont nombreux". Pourquoi ne pas signaler, également, qu'il suffit de regarder la réalité pour voir que les exemples d'artistes qui NE GAGNENT PAS leur vie de leur art sont nombreux" (pour paraphraser ta formulation) ???

Thèse, antithèse… si ce n'est pas une problématique... :-)))

Je ne suis pas d'accord lorsque tu estimes "cette problématique assez étrange". Je vais même au-delà, c'est bien plus qu'une problématique : tous les apprentis-artistes, cheminant-artistes, aspirant et voulant être artistes mais qui ne parviennent pas à gagner leur vie avec leur activité artistique, artistes en galère, en rupture… c'est un vrai PROBLÈME de société. Vouloir être artiste et ne pas y parvenir, c'est en outre une souffrance personnelle avérée pour ceux qui vivent cela.

Et il me semble tout ce qu'il y a de légitime et rien de moins étrange, que de poser cette problématique sur le tapis de la réflexion publique, à travers ce forum : "Est-il préférable d’avoir un autre métier que son activité artistique ? »

Franck Favergeat (Mika Quartz)

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MessagePosté le: Mercredi 12 Octobre 2011, 9h08, Sujet: Répondre en citant
azerwhite

 
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Je trouve cette questions très intéressant.
Personnellement, j'ai fais le deuxième choix. C'est à dire que j'ai choisit d'être totalement libre dans la pratique de mon activité artistique. Ne voulant pas devoir me limiter, brimer dans le développement de mes idées pour pouvoir être sur de plaire et donc survivre.

Je pense que les jongleurs qui vivent de leur pratique sont plus nombreux que les jongleurs qui vivent de leur art.

Après, si nous voulons répondre à ta question en intégrant les questions de Pierre il faudrait à mon avis définir l'art.
Est-ce qu'une activité ou un rendu doit passer par l'acceptation de cela en tant qu'art par le public et la personne réalisant l'activité ou rendu pour que ce soit de l'art ?
Ou est-ce que la personne réalisant peut ''s'autoproclamer'' artiste ?
Ou est-ce que le public peut proclamer une personne artiste sans son "accord" ?

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MessagePosté le: Mercredi 12 Octobre 2011, 10h20, Sujet: Répondre en citant
pierreM

 
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Localisation: Nancy




Salut Franck,

Moi je redis que ta question est plus une interrogation à laquelle on répond en donnant son avis qu'une véritable problématique.

Dans mon cas, je dis qu'il m'est complètement impossible d'avoir un autre métier car j'ai besoin de temps, de beaucoup de temps. Un simple exemple : comment je pourrais tourner si je fais un autre métier? il n'existe pas de métiers où l'on peut s'absenter comme ça trois jours par ci, deux semaines par là. Il n'y a que les écrivains me semble-t-il qui peuvent travailler à leur guise, quand ils veulent, tôt le matin, tard le soir sur un coin de table. Mon métier nécéssite un rapport avec l'institution (la musique ancienne, ne tourne pas dans les circuits commerciaux), je n'ai pas d'autre choix que d'en vivre si je veux continuer à la pratiquer et poursuivre mes recherches.
Mais il me semble que dans ce genre de domaine qui est le mien (assez peu de visibilité médiatique, pas de "show-biz", des revenus confortables mais sans excès), ce sont ceux qui sont les plus "artistes" qui s'en sortent le mieux (il y a des textes de Bourdieu qui disent des choses comme ça puisque tu aimes les sociologues).

Ensuite, je voulais t'interroger sur une citation de Françis Ponge dans un poème qui s'appelle "des raisons d'écrire" où il dit en gros "si nous écrivons c'est avant tout par dégoût de tout ce à quoi notre nature d'homme nous force à prendre part, honteux de tous ces grossiers camions qui passent en nous, de cette agitation sordide". Cette phrase résonne intimement en moi depuis longtemps, je fais plus que la comprendre, elle est en moi.
Il me semble qu'on ne crée, c'est à dire qu'on ne touche à ce qu'on peut appeler l'art qu'en dernier recours, quand tout le reste semble trop dégoûtant, intouchable, violemment répulsif. Il n'est pas question de choix raisonné, il est question de vie ou de mort. Or je vois mal comment cela est combinable avec une activité de divertissement ou d'animation comme tu dis. là encore, il n'est pas question de choix moraux mais d'une simple impossibilité physique, structurelle.
Comment pourrais-je faire de la variété si tout ce qui me donne la force de continuer cette quête spirituelle qu'est la pratique artistique est justement un dégoût profond de cette variété qui crie, des ces paillettes obscènes, de ces rituels fondés sur une bassesse humaine trop humaine? La plupart des gens que je considère comme de grands artistes autour de moi, ne peuvent se poser la questions "faire ça ou autre chose", ils se vouent à leur art ou ils meurent, et je te promets que ce n'est pas une image.
Je vois mal des gens comme Scott Ross dire, oui oui je joue bach le week-end mais la semaine, j'accompagne Pascal Obispo. Ca n'a aucun sens.
En revanche j'en ai vu des gens se faire croire qu'ils sont artistes parce que rien de l'extérieur ne venait remettre en cause leurs petites certitudes "ah oui je suis banquier la semaine, mais le week-end, je suis artiste et c'est ça qui compte le plus pour moi" : discours rebattu par ceux qui n'ont pas le courage de s'avouer que la pratique de l'art sous-entend une percée non seulement dans le monde, mais aussi dans la société. ces gens confondent l'art et le petit hobby qu'on cultive pour oublier le quotidien.

L'artiste génial seul dans son coin, c'est un mythe romantique, ça n'a jamais été une réalité, surtout pas à l'époque du romantisme.

Mais là où je rejoins l'intervenant précédant, c'est que tu balances ce mot "artiste" sans précaution, à une époque où ce mot n'a jamais été autant galvaudé, où tout le monde se croit secrètement artiste. On 'entend à longueur de show TV que "tout le monde est artiste", qu'il suffit d'avoir une sensibilité pour en être. Les jeunes écervelés de la star ac' sont artistes, les guignols qui viennent s'humilier à la nouvelle star sont tous artiste, c'est l'époque qui le dit tout en interdisant par le langage même qu'elle utilise qu'on puisse réfléchir à ce que ça veut dire justement "être" artiste.
Il ya des mots qu'on vide de tout ce qui fait leur substance en les employant à la légère, c'est une des armes de la bêtise moderne que de dévoiller le langage pour le rendre inoffensif.

Alors du coup, j'aimerais pour continuer cette conversation, pour savoir si nous parlons bien des mêmes choses que tu me dises, franck, à quoi tu te réfères pour parler d'art. Que tu replaces ce mot dans la richesse historique, philosophique qui fait son épaisseur ou que tu me dises simplement si l'art est un truc comme un autre, qu'on sache de quoi on parle.
Mais encore une fois je me demande sérieusement si le jonglage fait partie de ce qu'on appelle "l'art", bien que je pense qu'il existe des jongleurs artistes de manière très ponctuelle et minoritaire.
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MessagePosté le: Mercredi 12 Octobre 2011, 10h42, Sujet: Répondre en citant
pierreM

 
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Je signale pour qu'on se comprenne bien que je connais un peu la personne à qui tu fais référence, A. Del Perrugia parce qu'à une époque, je réalisais pour mon compte des entretiens vidéos avec des gens intéressants que je croisais et que j'ai quelque part dans mes rush, deux heures de discussion avec ce monsieur, dans sa caravane. il a aussi des relations proches avec de bons amis à moi qui font de la danse.

J'avais été très touché par sa parole.
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MessagePosté le: Mercredi 12 Octobre 2011, 10h46, Sujet: Répondre en citant
azerwhite

 
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Je ne suis pas d'accord avec tes premiers propos.
Pourquoi tu ne pourrais pas pratiquer et faire de la recherche sur ton temps de hobby ?
Justement pour un art qui trouve peu de public ou en tout cas ne tourne pas dans les circuits commerciaux pourquoi ne pas le faire autrement que pour gagner sa vie ?
En plus de cela,
Il est possible de vivre sa vie de travailleur et sa vie d'artiste en parallèle ou successivement, je trouve très extrême de dire que "je suis artiste donc je fais des tournées et je peux pas faire un métier en plus de cela"
Déjà il y beaucoup de métier qui permette de travailler à mi-temps, en télétravail ou même il existe le travail de consultant.

Je trouve la réflexion que l'on peut avoir derrière tes propos intéressants mais je trouve la manière de l'aborder un peu extrême.

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MessagePosté le: Jeudi 13 Octobre 2011, 10h05, Sujet: need some time :-) Répondre en citant
mikaq

 
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... quelques journées chargées jusqu’à lundi ... merci de me laisser quelques jours :-) mais j’ai cogité sur vos questions même cette nuit :-)

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MessagePosté le: Jeudi 13 Octobre 2011, 11h31, Sujet: Répondre en citant
willoball

 
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Salut,
Pierre, je te comprend mais je suis pas d'accord avec toi.. L'art touche tout le monde. En ce moment je bosse avec un bricoleur et c'est pour moi un vrai artiste. Il a des plans dans sa tête et réalise tout et n'importe quoi avec 4 bouts de bois. Il m'aide sur un terrain et me demande mon avis et je lui dis toujours de se démerder sans moi justement pour qu'il puisse créer à sa guise.
C'est pas quand il est sur un chantier qu'il peut faire ce qu'il veut.. Celui qui embauche à très souvent le dernier mot.
C'est souvent et pour pas mal d'artistes pareil pour le spectacle. On ne fait qu'une partie de ce qu'on veut faire. L'art est souvent ailleurs, derrière la facade. Il est libre des contraintes de l'emploi et bien sur que ca peut etre un hobbie.
Le but de l'art est pour moi de se répendre et je trouve normal que de plus en plus de gens s'approprie une petite personnalité d'artiste.

Pour faire de l'ombre à la facade il faut que tout le monde s'y mette.

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Les chiens aboient, la caravane passe.
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MessagePosté le: Vendredi 14 Octobre 2011, 11h24, Sujet: état de jeu Répondre en citant
mikaq

 
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Puisque la réflexion va, avec Azerwhite, sur les terrains de définition de l'art/l'artiste… en ce qui me concerne, très franchement : je ne sais pas y répondre ! Mais je veux bien chercher. Par petites touches, et sans prétention d'exhaustivité. "Poc a poc", comme disent les occitans. Je note les nombreuses pistes de réflexion soulevées par Pierre, mais ne me sens d'y répondre que poc a poc^^. Je note également le point de vue de Willobal, et y reviendrai bientôt.

Tout d'abord, j'estime que oui, il est nécessaire de s'interroger sur les présupposés associés à ce qu'est un artiste. Mais je me sens franchement limité, c'est quand même balèze comme question, "définir l'art"… je ne peux réfléchir là-dessus que par la bande, pas frontalement. Mais la question est - de mon point de vue - importante. Je ne sais plus qui regrettait l’exclusion hors du débat public des artistes, des écrivains et des savants, et avançait qu'il faudrait qu’ils se donnent les armes d’une critique libre des productions culturelles.

Là-dessus, je rejoins le premier message de Pierre : "…se cultiver, lire, refuser et refuser encore tous les chemins balisés après les avoir arpentés avec passion et voir ce qui se passe". Petite parenthèse à ce sujet : je précise que c'est chez moi un processus assez récent, au sens où pendant près de 20 ans de pratique, j'étais dans tout autre chose - appelons ça le "faire". Et c'était très bien, c'est ce dont j'avais personnellement besoin. A chacun de trouver son processus de compréhension. Et pour certains, l'évolution ne passe pas par la compréhension ! ou bien : la compréhension ne passe par le réflexif. Il me semble important que personne ne se sente excommunié si sa pratique/processus/approche ne ressemble pas à celle de son voisin.

Je me sens interpellé, également, par les trois questions énumérées par Azewhite. Mais… idem, même sensation limitée de capacité de compréhension^^. Et... même feeling que ce sont des questions importantes !

Comme ça, là, je peux écrire ceci, sur la base de ma pratique, avec mes mots :

1) je n'ai besoin de personne pour me dire que 99% du temps, je n'y suis pas^^… et je sens clairement quand j'y suis le reste du temps.
2) Mais, y être dans quoi ?! dans cet espace-temps du plateau de jeu (quel qu'il soit : scène, piste de cirque, etc) où celui qui y entre pour jouer devant/avec un public, décolle ou pas, change de plan de réalité ou pas. Il y a comme un état de conscience différent. On est comme dans un autre espace-temps. Si ce mot d'espace-temps vous dérange, ne me tombez pas dessus svp ! je ne connais rien à la physique quantique, c'est juste un mot, qui mériterait d'être affiné peut-être, et remplacé. Il me vient à l'esprit, car quand "on y est", on est comme "ailleurs"… on est là, sur le plateau, et en même temps on est ailleurs. Rien de conceptuel là-dedans : je parle de sensations, qui sont extrêmement vives, que certains ont sans doute déjà vécues. C'est une expérience extra-ordinaire, d'ailleurs, qui donne envie de revivre ça dès que possible^^. Tout le travail est précisément d'apprendre à convoquer ces états de jeu.

Cette approche nécessite une réelle prise de risque. Or, vouloir vivre de son activité artistique ne nécessite-t-il pas de s'obliger à jouer le jeu du champ socio-économique dont les règles sont souvent en contradiction avec les logiques de création artistique ?

Je n'ai pas de certitude et ne souhaite convaincre personne. J'aime cependant la position de Peter Brook à cet égard, et m'y retrouve assez bien : "Le sentiment d'avoir peut-être tort m'a accompagné toute ma vie. Il ne s'oppose pas à la conviction. Ce qui est vraiment dangereux, c'est de croire totalement en ses convictions. Vous devez y croire, sans quoi rien n'aurait de goût, en fait vous devez avoir une main qui dit : "Je suis convaincu" tandis que l'autre dit en même temps : "Attention, c'est peut-être complètement faux". On doit tous travailler comme cela, sinon les relations à autrui sont difficile."

Voilà pour aujourd'hui, jongleuses jongleurs !
Merci pour ce débat :-)

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MessagePosté le: Vendredi 14 Octobre 2011, 17h22, Sujet: Répondre en citant
Maxi

 
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Citation:
Mais encore une fois je me demande sérieusement si le jonglage fait partie de ce qu'on appelle "l'art"


Juste sur cette partie là j'aimerai participer. Pour moi le jonglage, comme la peinture, la musique ou n'importe qu'elle pratique n'est pas un art en soi. C'est une technique, un vecteur d'expression. On en fait un art à partir du moment où on se l'approprie pour parler de nous de ce qu'on ressent, ça devient une sorte de passerelle entre ce que l'on a à l'intérieur et l'extérieur.

C'est pour ça que se demander si le jonglage est un art n'a pas trop de sens pour moi. Pour faire une analogie, on peut considérer certains slameurs comme artistes, alors que tout le monde partage leur technique (la parole) mais n'en fait pas un art..
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MessagePosté le: Vendredi 14 Octobre 2011, 18h07, Sujet: Répondre en citant
brebis
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(Essayons de rester dans le sujet. Savoir si le jonglage est un art a déjà été discuté, je t'invite à faire une petite recherche. Merci d'avance !)

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Le langage SMS est à la langue française ce que Kyo est au Rock'n Roll.
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MessagePosté le: Samedi 15 Octobre 2011, 15h10, Sujet: Répondre en citant
pierreM

 
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Je suis désolé, mais ça part dans tous les sens cette discussion.
Tout le monde parle d'art mais personne ne prend le temps de réfléchir à ce que ça signifie au delà de : "moi je crois que....".

Willowball : " L'art touche tout le monde" oui... et alors??? Je ne comprends pas si tu donnes là une position morale qui voudrait dire "il faut que l'art touche tout le monde", ou si tu penses que l'art touche n'importe qui quel que soit sa nature, ce qui je pense est faux. Etre réceptif à une oeuvre, un courant, une esthétique, ça s'apprend, petit à petit. Si je mets ma tata Joceline devant un tableau de Soulages ou une Sequenza de Berio, ça la laisse de marbre. Elle n'a pas appris à poser son écoute, son regard, il n'y a rien qui passe, elle n'est pas touchée parce qu'elle n'a pas préparé sa sensibilité et sa compréhension (l'un et l'autre ne sont pas complètement distincts). Se rendre sensible, c'est un cheminement.
Le sublime c'est ce qui plait universellement et sans concept, je te rappelle que c'est Kant et que ça date d'il y a deux siècles et demi, les choses ont avancé depuis, on a eu Le romantisme, Nietzsche, Dada, Les conceptuels, Bourdieu, Deleuze....
Quand tu parles de " une petite personnalité d'artiste. ", je vois que nous ne mettons pas du tout le même sens derrière le mot d'artiste.

Azerwhite : "Pourquoi tu ne pourrais pas pratiquer et faire de la recherche sur ton temps de hobby ? " En dehors de tout contexte pourquoi pas, mais si tu regardes la réalité, ça n'existe pas. Ou alors on n'appelle pas "art" la même chose. Tu as une citation de Pina Bausch en bas de ta page, tu imagines Pina Bausch bosser dans un bureau la journée et s'occuper de sa compagnie le soir après 18h et le week end? Il faut un peu être réaliste, faire une oeuvre ça prend plus de 24h par jour, ce qui est difficile à gérer.
Même les écrivains qui seraient pour moi le contre exemple à ce que je dis, ont un mal fou à gérer ça. J'en connais quelques uns qui sont à coté, libraire ou prof de fac, mais ça leur pèse énormément. tu peux aussi lire le journal de Pierre Bergounioux qui explique à quel point le métier d'enseignant lui bouffait son temps pour écrire. Il a quitté son boulot de prof dès qu'il en a eu l'occasion. Quand on veut tenter d'être artiste au sens où je l'entend (au sens ou ce mot a un sens particulier qui le distingue de la pratique personnelle, du commerce de divertissement, de l'échange de mondanités) on n'a pas de temps pour autre chose et on ne peut pas faire autre chose.
" je trouve la manière de l'aborder un peu extrême." Ben oui simplement parce que l'art n'est pas tiède. J'aimerais que tu voies le visage de LF Céline qui dit devant la caméra "quand on écrit, il faut mettre sa peau sur la table". On en fait pas de l'art comme on jongle avec trois balles pour se détendre après le bureau ou comme on construit le week-end des tour-effeil en allumettes, c'est autre chose.
Sinon, on n' a plus aucun mot pour parler des vrais artistes, si tout le monde est artiste. C'est terrible une époque où tout le monde se croit artiste parce que ça tue un principe vital de la création artistique qui est le sugissement inattendu et enraciné historiquement de nouveaux types de perceptions.

Maxi : Oui, oui, je suis d'accord avec ce que tu dis, mais il me sembles que certains domaines sont loin d'avoir fait leur preuves. La construction de tour effeil en allumettes, le cricket et le jonglage ne me semblent pas être légitimes pour prétendre au rang de domaines de création.
Mettre le jonglage au même niveau que la peinture ou la musique dans ta première phrase me semble être ou une boutade ou je ne sais pas...

Mika :
Peter Brook est professionnel, il a un théâtre, une équipe, il gagne sa vie avec son théâtre. Je le vois mal se dire qu'il faut faire du theatre comme ci comme ça pour faire plaisir au champ culturel...
Ton exemple est bien choisi.
Ta question pourrait se poser de la même manière en science et personne ne demande si une découverte est légitime, vraiment scientifique ou si elle est dénaturée par les pressions de l'industrie. Il y a des lieux, des institutions qui permettent à des gens de travailler sereinement sans autre souci que de faire avancer leurs disciplines. Il me semble que l'art fonctionne, en france un peu comme ça aussi. Les gens qui font leurs preuves sont petit à petit protégés par l'institution qui me semble-t-il ne fait pas trop mal son travail dans le cadre de la danse, musique, theatre.



En fait, je me dis que chacun en est là où il en est sur ses réflexions à propos de l'art
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MessagePosté le: Dimanche 16 Octobre 2011, 13h14, Sujet: Répondre en citant
garnav

 
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Nicolas Mathis sors de ce corps... PierreM tu as l'air de beaucoup te prendre la tête pour quelqu'un qui dit avoir juste "jongler dans son coin" pendant des années.
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MessagePosté le: Mercredi 19 Octobre 2011, 8h50, Sujet: Répondre en citant
pierreM

 
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http://www.youtube.com/watch?v=ikhCd3phgfo

Pour étayer mon propos.
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